Je ne pense pas que l'on choisisse "par hasard" un sujet de thèse, sujet sur lequel on s'engage à travailler pendant plusieurs années et avec lequel on va "vivre" d'une certaine manière (même si la vie d'un-e doctorant-e ne se limite heureusement pas à son travail !). Le choix de mon sujet s'est construit progressivement. Il est lié en partie à mes propres interrogations sur mon identité de genre. Je ne suis pas moi-même trans', au sens où je n'ai pas fait de transition et où mon identité sociale est féminine. Pourtant, être une femme parce qu'on est né-e de sexe féminin (ou femelle) ne m'a jamais semblé aller de soi, et je me suis toujours définie (plus ou moins facilement) "ailleurs", "autrement". Je me définis volontiers comme lesbienne féministe et c'est là, actuellement en tout cas, une identité qui me convient bien.
J'ai commencé par m'intéresser à ce que les Américains appellent les Female Masculinities, les identités masculines chez les personnes nées de sexe féminin. J'ai été frappée, en commençant des études spécialisées en "genre", par le vide existant en France sur ce sujet. La notion même de Female Masculinity n'est pas traduite et quasiment pas utilisée par les chercheur-es français. Je ne trouvais rien sur ce sujet, excepté des évocations très sporadiques et très peu développées.
Parallèlement, je militais dans des associations féministes et LGBT où je pouvais constater que la question du genre masculin chez les "femmes" ou les "filles" était le plus souvent éludée, non prise en considération. Et lorsqu'elle l'était, cela suscitait des réactions de crainte ou de rejet que j'avais du mal à comprendre. L'idée était assez répandue (et elle continue à l'être) que les femmes masculines, les butches, les FtM "trahissent" la cause féministe.J'observais aussi un certain "sectarisme" entre les féministes d'un côté, les lesbiennes et les gays d'un autre, et les trans' encore ailleurs. Comme si tous ces individus n'avaient pas ou peu d'intérêts communs.
De fil en aiguille, de lecture en questionnements, j'en suis donc arrivée à l'envie de faire une recherche sur les identités FtM, pour essayer de comprendre pourquoi et comment ces identités sont invisibilisées. Encore aujourd'hui je suis effarée de rencontrer très souvent des personnes qui ignorent totalement l'existence des FtM...alors que celle des MtF est connue (bien qu'à travers des stéréotypes et des préjugés, le plus souvent). J'essaie d'aborder ce sujet avec, entre autres, une perspective féministe : la moindre visibilité des FtM a-t-elle un rapport avec une domination masculine ? Quels sont les liens entre les questions trans' et le(s) féminisme(s) ? Il s'agit aussi, bien sûr, de relayer la parole des intéressés et de déconstruire l'ignorance et les stéréotypes existant à leur sujet, afin de rendre visible ces questions et ces réalités dans le champ de la recherche. Lorsque l'on confronte la réalité des parcours trans', des représentations et des identifications, avec ce qu'en disent les psychiatres (qui détiennent le monopole des études sur le sujet), on s'aperçoit du décalage. Et ce décalage fait partie des questions à analyser.
J'ai soutenu en 2008 un mémoire de Master qui constitue en quelque sorte une introduction à la thèse que je suis en train de réaliser.
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